Le sacrifice d'une reine
Par BL Miller

 

 

Partie 3/5

 

La prêtresse du temple et les aides s'esquivèrent à l'instant où elles virent la guerrière en colère entrer en tempête et hurler le nom de la déesse. "Artémis ! Damnation, montre-toi ! Comment tu as pu faire que ça lui arrive à elle ?! Elle est ton élue, ta reine ! Quel jeu de malade tu joues avec elle?! Artémis !" Xena tempêtait en arpentant l'intérieur du temple. Elle arriva d'un pas lourd à l'estrade et écrasa sa main dessus. "Artémis !!" Une lumière blanche apparut et forma la silhouette de la Déesse de la Lune, les yeux pleins de furie.

 

"Comment oses-tu venir dans MON temple et crier après moi comme ça, mortelle !"

"Tu les as laissés la violer !" Xena fit la sourde oreille aux paroles de la déesse. "Tu avais le pouvoir de les arrêter ! Pourquoi tu ne l'as pas fait ?" Sa colère était toujours là, bien qu'elle eût arrêté de parcourir la pièce et qu'elle fixât maintenant Artémis.

"Je n'ai pas pu les arrêter, Xena. J'ai fait tout ce que j'ai pu. Elle m'a seulement demandé de protéger les filles. Elle a choisi de faire ce sacrifice. Il n'y avait rien que je puisse faire." La voix de la déesse portait la touche de regret et de tristesse qu'elle ressentait. Elle avait eu toutes les peines du monde à ne pas descendre et tuer les hommes elle-même.

 

"Qu'est-ce que tu veux dire, elle a choisi de faire ce sacrifice ? Pourquoi elle aurait choisi d'être violée ?" Xena ne pouvait pas imaginer de raison. La déesse poussa un soupir de tristesse et de fierté à la pensée de sa reine des Amazones.

 

"Un des hommes était après Jors et voulait la violer. Gabrielle est intervenue en s'offrant elle-même pour protéger les filles. Elle m'a priée de protéger les filles de ces hommes sans rien demander pour elle-même. Tu sais qu'elle est comme ça, qu'elle pense toujours aux autres avant elle-même. J'ai honoré sa prière et j'ai fait dormir les hommes dès que j'ai senti leurs pensées maléfiques." Elle regarda d'un air sérieux Xena dans les yeux. "Ils avaient l'intention de toutes les violer."

"Qu'est-ce que je fais, maintenant ?" Sa colère et son esprit combatif étaient retombés maintenant, remplacés par son inquiétude et son amour pour la conteuse. Artémis se dirigea vers un bloc de marbre et s'assit en faisant signe à Xena d'en faire de même.

"Aime-la, Xena. C'est ce dont elle a besoin. Aime-la et reste auprès d'elle, peu importe ce qui arrive. Si tu en fais moins, ça la tuera, tu comprends."

"Je l'aime vraiment, Artémis."

"Je sais que tu l'aimes, mon enfant. Tu viens seulement de commencer à réaliser la profondeur de l'amour qu'elle a pour toi. Il faut que tu sois patiente et tolérante avec elle pour quelque temps, avant que ce problème ne se résolve. Comprends bien ceci, les choses ne seront plus jamais les mêmes entre vous deux. Cela peut vous déchirer ou cela peut vous rapprocher d'une façon dont tu n'as jamais rêvé. Tout dépend de toi, Xena. Tu dois croire en toi et en l'amour de Gabrielle pour toi. Elle peut essayer de te repousser. Elle peut prendre des décisions que tu n'aimeras pas ou que tu ne comprendras pas. Mais il faut que tu t'accroches et que tu l'aimes, que tu l'aimes tout simplement." Xena hocha la tête, sans comprendre entièrement, mais en en comprenant assez. Le visage d'Artémis redevint sérieux. "Xena, si tu as besoin de soutien, tu peux volontiers venir vers moi. J'apparaîtrai devant toi si tu le demandes. Mais écoute bien ceci, mortelle. Je suis très tolérante envers toi à cause de ta quête de rédemption et pour l'amour que ma reine a pour toi. Cependant, je ne tolérerai plus aucun accès de colère dans mon temple ou aucune autre insulte de ta part, tu comprends bien ?" Ses dernières paroles furent dites à travers les dents serrées.

 

"Oui, ma déesse." dit doucement Xena. Le visage d'Artémis s'adoucit légèrement.

"Ton manque de respect pour les dieux est bien connu sur le Mont Olympe, Xena. J'imagine que la plus grande partie de cette méfiance vient d'Ares. Je n'ai pas de querelle avec toi, malgré ton passé. N'en aie pas avec moi, surtout quand je n'ai rien fait pour en mériter. J'ai écouté les prières de Gabrielle pour toi et je l'ai aidée à chaque fois que je pouvais. Si cela n'avait pas été pour l'amour que cette magnifique femme a pour toi, il y a longtemps que tu serais dans le Tartare. Alors, faisons une trêve. Je respecte ce que tu essayes de faire avec ta vie maintenant, Xena. Prends soin de Gabrielle." L'apparition de la Déesse de la Lune et Protectrice des Amazones s'évanouit, laissant Xena seule dans le temple. Elle resta assise là calmement, à rassembler toutes les informations qu'elle avait, à décider quoi faire. Après une longue période d'introspection, elle se leva tranquillement et quitta le temple. La prêtresse et ses aides se précipitèrent, s'attendant à une destruction en masse. Elle furent absolument surprises de trouver tout en l'état. Jamais personne n'avait pris d'assaut le temple et crié après la déesse comme cela auparavant. Les gardiennes du temple continuèrent de se regarder les unes les autres sans oser y croire.

 

On était allé requérir l'aide d'Ephiny avec ces mots, l'ancienne Destructrice-des-Nations était devenue folle furieuse et avait attaqué le temple d'Artémis. Elle (et six gardes royales) stoppa Xena juste au moment où elle quittait le temple. Elle s'était attendue à voir la fureur et la colère sur le visage de la guerrière, mais elle n'y vit que de la douleur et un sentiment de perte.

"Tu sais." dit tranquillement l'Amazone.

"Comment as-tu…?" Le visage de Xena trahit sa surprise.

"J'ai parlé avec les filles. La plus âgée m'en a parlé. Elle a besoin de toi, Xena. Va la voir." Xena hocha la tête et se dirigea vers le palais, incertaine sur ce qu'elle devait dire ou faire, mais sûre qu'il lui fallait faire quelque chose.

Xena pénétra dans la chambre de Gabrielle juste au moment où le crépuscule tombait sur le village. "Comment vas-tu ?" demanda-t-elle en prenant une chaise et en s'asseyant. Gabrielle était assise sur le lit, le dos au mur, les pieds repliés sous elle.

"Je vais bien, et toi ? J'ai entendu dire que tu avais pris d'assaut le temple d'Artémis cet après-midi."

"Comment…"

"Les paroles voyagent vite dans un petit village, Xena. De plus, tu ne penses pas qu'elles parleraient à la reine si quelqu'un attaquait une déesse au beau milieu du village ? Sans parler du fait que c'était toi ?

"Désolée, je suppose que je n'y avais pas pensé." dit Xena d'un air penaud. Son visage montrait son embarras.

"Non, je suppose que non."

"Je suppose que ça a dû être effrayant pour elles, hein ?"

"Tu as terrorisé notre pauvre prêtresse pour le reste de ses jours. Peux-tu imaginer ce qu'elle a pensé? Une guerrière furieuse prend le temple d'assaut et commence à hurler après la déesse, qu'est-ce que tu en penserais ?"

"Je penserais qu'il y aurait une guerrière de moins dans le monde."

"Exactement. Xena, qu'est-ce qui t'a fait faire une chose pareille ? Qu'est-ce qui t'a mise si en colère que tu as hurlé après Artémis ? Qu'est-ce qui a pu te bouleverser autant ?" Bien que Gabrielle eût pu souvent voir la colère de Xena, elle ne l'avait jamais vue dirigée vers Artémis ou vers aucun dieu, à part Arès. Xena baissa les yeux et les fixa sur le sol. Quand elle se mit à parler, sa voix tremblait nettement.

"Je sais ce qui est arrivé, Gabrielle." Elle prit une profonde inspiration. "J'ai entendu deux des mères en parler. C'était ce que voulait dire la mère de Jors quand elle disait qu'elle savait ce que tu avais fait pour protéger sa fille. Tu t'es sacrifiée." Ses derniers mots furent presque murmurés, leur signification blessant tellement le cœur de la guerrière.

"Je n'avais pas le choix, Xena. Je ne pouvais pas les laisser supporter ça." Aucune des femmes ne regardait l'autre. Les mots étaient suffisamment durs à venir comme ça, même pour la barde. "Je suis leur reine. J'ai juré de les protéger de ma vie si nécessaire. Comment aurais-je pu en faire moins ?

"Tu ne pouvais pas, Gabrielle. Ton cœur est trop pur." Les yeux bleus de la guerrière étaient troublés par les larmes. "Gabrielle, il faut que tu ailles voir une guérisseuse."

"Je ne peux pas." La conteuse d'histoire ferma les yeux pour refouler ses larmes. Xena releva la tête.

"Gabrielle, ce n'est pas obligé que ce soit moi. Tu peux aller voir Sara, si tu préfères. Mais tu dois être examinée." Elle s'étrangla au milieu de ses paroles. "Je ne veux pas te perdre à cause de cela. Je t'aime." Les yeux pers de Gabrielle s'ouvrirent et plongèrent dans les yeux bleus remplis de larmes. Elle vit la douleur, l'inquiétude et, le plus important, l'amour dans les yeux de Xena. Le temps passa alors qu'elles se regardaient sans bouger, leurs esprits digérant l'information.

"Je ne veux pas que tu voies…" Les mots de Gabrielle furent coupés par un sanglot qu'elle ne put réprimer. Xena sauta de sa chaise et se dirigea vers le lit, prenant la barde en pleurs dans ses bras. Gabrielle s'agrippa farouchement à elle, absorbant le réconfort dont elle avait tant besoin des bras robustes de Xena.

"Chhhut… C'est bon… Ça va aller mieux maintenant, Gabrielle… Personne ne te fera du mal maintenant… Chhhut…" Xena répéta ces mots encore et encore, laissant ses propres larmes couler en sentant celles de Gabrielle contre son épaule.

Un léger coup à la porte pour annoncer le dîner les fit sursauter. "Rien qu'une minute." hurla Xena alors qu'elles se séparaient et essuyaient leurs yeux. Un regard sur les yeux rouges et gonflés de la reine apprit à Xena qu'elle ne voulait pas être vue comme cela. Xena marcha vers la porte.

"Je m'en occupe." dit Xena en ouvrant la porte et en tendant le bras vers le plateau. La fille de service acquiesça et tendit le repas. Xena ferma la porte et posa la nourriture sur la table, puis retourna vers le lit et s'assit à côté de Gabrielle. La guerrière laissa de l'espace entre elles, ne sachant pas si la barde voulait encore avoir des contacts physiques.

"Merci." dit doucement Gabrielle, le regard fixé sur une petite tapisserie au mur.

"Tu te sens prête à manger ?" demanda-t-elle espérant que le fameux appétit de Gabrielle était toujours là. Xena avait entendu parlé de femmes s'affamant elles-mêmes à en mourir après avoir été violées. Elle tressaillit nettement à cette pensée.

 

"Pas vraiment, je n'ai pas été capable de garder grand chose ces derniers temps."

"Gabrielle, je sais que tu ne veux peut-être pas, mais tu devrais essayer. Tu sais à quel point la nourriture est importante. S'il te plaît, pour moi ?" Xena suppliait, n'ayant aucune fierté quand il s'agissait de protéger sa petite barde. Gabrielle savait combien Xena avait du mal à demander quoi que ce fût, sans parler d'implorer.

"J'essayerai." Elle suivit Xena à la table. Une pensée lui arriva. "Xena, tu veux manger avec moi ? Après tout, je parie que d'avoir hurlé tout l'après-midi après Artémis a dû t'ouvrir l'appétit." Sa tentative d'humour ne fut pas perdue pour son amie.

 

"C'est sûr, je suppose que je pourrais supporter d'avaler un peu de nourriture." Comme la cuisinière avait compté sur l'appétit normal de Gabrielle, il y avait de la nourriture en suffisance. Cependant, il n'y avait qu'un seul jeu de couverts. Elles se repassèrent les couverts en alternance en mangeant et parlant.

"Xena, tu voudrais bien emménager ici avec moi ?" demanda Gabrielle en se fourrant un morceau de pain dans la bouche. "Je veux dire, mmpf, tu voudrais bien rester ici dans cette chambre avec moi au lieu de la porte à côté ?"

"Tout ce que tu veux, Gabrielle. Je trouverai quelqu'un pour m'aider à transporter le lit ici."

"Tu penses qu'elles peuvent le mettre près du mien, au lieu de tout au bout contre l'autre mur?" Elle voulait Xena près d'elle, pour qu'elle la protège, mais pas dans le même lit.

"Bien sûr." Xena était contente de rester avec elle. "Gabrielle ?"

"Mmm ?" Elle mâchait un petit gâteau collant.

"Si tu ne l'avais pas demandé, je l'aurais fait. Je ne veux pas être trop loin de toi. Je ne veux pas faillir…" Ses propres émotions étaient trop près de la surface pour qu'elle les supportât. Xena se leva rapidement et se détourna du regard inquiet de la barde.

"Faillir à quoi, Xena ? La voix de Gabrielle contenait le ton doux, aimant et inquiet qui toujours encourageait et réconfortait Xena.

"Faillir à te protéger à nouveau." admit la guerrière. Elle se rassit mais regarda la table au lieu des yeux pers.

"Tu n'as pas failli à me protéger, Xena." Gabrielle tendit le bras et mit sa main sur celle de Xena. "C'est moi qui suis partie, qui ai fui au lieu de faire face à mes peurs, pas toi. Tu n'as rien fait de mal, Xena." Gabrielle serra gentiment la main de la guerrière puis se recula. Elle regarda les assiettes de nourriture maintenant vides. "Je suppose que nous étions toutes les deux plus affamées que nous ne le pensions, hein ?" Elle sourit du coin des lèvres.

"Je suppose aussi, ma petite machine à manger." la taquina Xena. Un rot inattendu sortit de sa bouche, les faisant glousser toutes les deux.

"A t'entendre, on dirait que tu en as assez aussi, ma grande bête de guerrière." la taquina Gabrielle en retour. Sa voix se calma et son sourire s'effaça alors qu'elle regardait vers le bas à nouveau. "Tu as encore besoin de parler cette nuit ?"

"Non, Gabrielle. Nous pourrons parler plus quand tu seras prête." Xena avait bien saisi le mot 'besoin' au lieu de l'habituel 'tu veux'. Gabrielle ne voulait plus parler de ce sujet. Xena se leva et s'occupa à nettoyer le plateau de vaisselle. Gabrielle l'arrêta.

"Je vais le faire. Tu déplaces les meubles."

Elle dormirent chacune dans leur propre lit, pressées l'une contre l'autre. A un moment dans la nuit, la main de Gabrielle s'étendit et se posa au-dessus de celle de Xena. Le matin les trouva toutes deux au bord de leurs lits, les mains sur l'avant-bras de l'autre.

 

Sara examina à fond Gabrielle ce qui laissa la barde en larmes, malgré tous les efforts de la guérisseuse pour lui prodiguer du réconfort. La reine avait fait attendre Xena à l'extérieur, incapable de supporter la pensée de la laisser voir ce qu'on lui avait fait. "Tu peux te lever et remettre tes vêtements maintenant, ma Reine."

"S'il te plaît, appelle-moi Gabrielle."

"Comme tu veux, ma - je veux dire Gabrielle. " Sara alla vers la porte et fit signe à Xena d'entrer. Elles attendirent derrière un écran protecteur jusqu'à ce que Gabrielle eût fini de s'habiller, puis elles la rejoignirent dans la petite salle d'auscultation.

Sara prit une profonde respiration et lança un regard à Gabrielle. "Tu es sûre que tu veux qu'elle sache tout ?" Elle avait voulu dire à la reine l'étendue de ses blessures en privé, mais la femme têtue avait insisté et voulait que Xena fût là.

"Ouais." dit tranquillement Gabrielle en cherchant dans les yeux bleus un support. Xena lui rendit doucement son sourire.

"Il n'y a pas de blessures qui nécessitent des points de suture." Sara commençait d'abord avec les bonnes nouvelles. Xena relâcha sa respiration qu'elle n'avait pas eu conscience d'avoir retenue. La guérisseuse continua. "Cependant, elle a vraiment une sale infection sur le sein gauche. "Gabrielle baissa la tête de honte clignant des yeux pour retenir ses larmes. Xena se rapprocha d'elle.

 

"Tout va bien, Gabrielle. Ce n'était pas ta faute. Rien ne doit t'embarrasser ou te faire honte." La barde hocha la tête, mais la garda baissée. Xena retourna son attention vers Sara. "Quel genre de blessure ?"

"Ce sont des marques de morsures, Xena."

"Ce sont ?"

"Il y a plus d'une trace de marque de dents sur chaque sein. Deux des traces sur le sein gauche sont infectées. Sara fit un pas en avant et posa la main sur l'épaule de Gabrielle. La barde sursauta de façon visible au soudain contact et recula. La guérisseuse enleva rapidement sa main. "Tu es sûre de vouloir que je continue ?" Elle acquiesça et se rapprocha de Xena, prenant la main de la guerrière dans la sienne et en la pressant doucement. Elle eut un petit sourire quand la pression lui fut rendue. Sara prit une autre respiration profonde avant de continuer. "Son sexe est enflammé et il y a quelques sérieuses contusions, mais je ne prévois pas de dommages permanents. Je me fais plus de soucis à propos des marques de morsures qu'autre chose, à part une grossesse."

 

D'horreur, Xena leva les yeux vers la guérisseuse. Une grossesse, elle n'y avait même pas pensé. "Est-ce que tu as les herbes ici ?"

"Euh, nous n'en avons pas beaucoup d'usage ici à Amazonia, comme tu sais, mais oui, j'en ai une réserve." répondit Sara.

"A quoi servent-elles ?" demanda Gabrielle.

"A éliminer la possibilité d'une grossesse", expliqua Sara.

"A éliminer ? Non." Gabrielle remua la tête catégoriquement. "Je ne peux pas faire cela. Je ne prendrai pas une vie innocente."

"Gabrielle, ce n'est pas une vie, pas encore. Si tu prends les herbes, tu peux faire en sorte que cela n'en devienne pas une." la raisonna Xena.

"Xena, je ne veux pas plus que toi que cela arrive, fais-moi confiance. Mais je ne prendrai pas de vie, quelle qu'elle soit. Nous ne savons même pas si je suis enceinte, mais si je le suis, alors il est trop tard pour y faire quelque chose." Ses yeux brillaient avec détermination.

"Gabrielle, tu ne veux pas que cela arrive. Tu ne veux pas donner naissance à…" Xena ne pouvait même pas dire les mots pour ce qu'elle pensait de ces hommes-là et de la progéniture qu'ils pouvaient créer.

"Je n'ai pas le choix, Xena. Je ne prendrai pas de vie. Et surtout pas une innocente.

"Mais et le risque pour toi ? Tu sais ce qu'il peut arriver pendant l'accouchement ? Tu es si mince, Gabrielle, et ils… tu ne peux pas prendre ce risque. Tu ne peux pas risquer ta vie comme ça."

"Xena !" Gabrielle haussa la voix un peu plus qu'elle ne voulait. "C'est mon corps, c'est mon choix." Elle se retourna vers Sara. "Combien de temps avant que nous ne soyons sûres ?"

"Au moins encore trois quartiers de lune."

"Bien. Nous allons attendre vingt et un jours et voir ce qui arrive. Est-ce qu'il y a quoi que ce soit d'autre que j'aie besoin de savoir, Sara ?" Gabrielle baissa son ton, mais ne relâcha pas la main de Xena, au grand soulagement de la guerrière. C'était un sujet qu'elles n'avaient jamais abordé et il était évident que les deux femmes avaient de fortes convictions en la matière.

"Non, ça ira comme ça. Prends des bains chauds et change les bandages fréquemment. Oh, encore une chose." Elle alla vers la fenêtre et choisit une large plante. "C'est une plante d'Aloès. Quand l'infection sera partie, utilise la sève des feuilles comme un onguent. Ca aidera à éviter les cicatrices." Gabrielle prit la plante avec soulagement. C'était une des choses au sujet desquelles elle s'était inquiétée. Elle ne savait pas si elle aurait pu vivre le reste de sa vie avec des souvenirs visibles de ce traumatisme. Elle remercia la guérisseuse et permit à Xena de la reconduire à leur chambre. Toutes deux restèrent silencieuses sur le chemin, sachant que des paroles allaient être échangées une fois derrière les murs.

 

Rien ne fut dit sur le sujet jusque tard dans la soirée, les deux femmes luttant avec leurs émotions sur le sujet. Les Dieux refusaient de rendre une décision sur l'interruption de grossesse laissant le choix aux personnes concernées. Il semblait que tout le monde avait une opinion bien arrêtée sur le sujet, d'une façon ou d'une autre.

 

"Xena, laisse-moi parler en premier. Et ensuite, je resterai tranquille et tu auras la paix, d'accord ?" Gabrielle attendit que la guerrière hoche la tête avant de poursuivre. Elle était assise sur le lit, recroquevillée contre le mur, Xena était face à la barde, les jambes croisées sur son propre lit. "Xena, je sais que tu ne veux que le meilleur pour moi, mais il faut que tu comprennes que je ne vais pas changer d'avis sur ce sujet. Une vie est une vie pour moi. Je ne peux pas en prendre une, peu importent les circonstances. Je ne veux pas imposer cette croyance aux autres, tu me connais. Je ne peux pas punir un enfant innocent des péchés du père. Il n'y a rien que nous puissions faire pendant les trois prochains quarts de lune, alors j'aimerais que nous laissions tomber jusqu'à ce que nous soyons sûres." Gabrielle s'arrêta de parler et baissa les yeux sur le lit. Xena prit une longue pause avant de parler.

"J'ai toujours respecté ton vœu de refuser de verser le sang, de rester innocente, tu sais cela. Je sais aussi que tu es une femme adulte, capable de prendre tes propres décisions."

"Je ne changerai pas mon opinion sur cela, Xena."

"Je sais, Gabrielle." dit Xena sur un ton légèrement abattu.

"Encore une chose."

"Quoi ?" dit Xena. Gabrielle s'écarta du mur et s'assit bien en face de Xena, leurs yeux à quelques pouces les uns des autres. Il y avait un sérieux mortel dans le ton de Gabrielle lorsqu'elle parla.

"Je sais pertinemment que tu connais les herbes à utiliser et comment les utiliser. Si je suis enceinte et que tu fais quelque chose… Je… ne te pardonnerais jamais… jamais." Les yeux de Xena cillèrent quand elle pensa que la barde avait lu dans son esprit. Cela aurait été si facile, tellement facile, de cacher les herbes dans une soupe ou dans un repas. Gabrielle s'écarta et roula en grimaçant quand ses seins bandés lui rappelèrent que l'infection était toujours là.

 

"Qu'est-ce qu'il se passe ?" Xena fut à ses côtés en un instant, cherchant la cause de la douleur.

"Ohou." grogna Gabrielle alors que ses bras couvraient instinctivement ses seins. "Je pense que c'est l'heure de changer les pansements."

"Oh." dit doucement Xena. Gabrielle la regarda d'un air sérieux. Elles n'avaient pas parlé de changer les pansements. Sara avait supposé que Xena les changerait et Xena n'y avait pas pensé, tellement son esprit était préoccupé par autre chose.

 

Gabrielle y avait pensé mais n'avait pas pris de décision. Laisser Xena changer les bandages lui révélerait les terribles marques qu'elle avait. Gabrielle ne connaissait que trop bien les sentiments de Xena sur le viol. Elle ne savait pas comment allait réagir Xena à la vue des marques en demi-cercle qui ressortaient sur ses seins pâles. Elle savait aussi comme elle avait pleuré quand Sara avait touché ses seins plus tôt dans la journée, plus de peine émotionnelle que physique. Pourrait-elle jamais supporter que quelqu'un la touche à nouveau ? Une autre pensée tiraillait son esprit, sachant bien que ce n'était pas le moment de se montrer. Gabrielle se demanda tristement si ce moment arriverait jamais.

 

"Gabrielle, je comprendrai si…" Xena lui offrait une issue, bien qu'elle ne fût pas totalement sûre de ce qu'elle offrait. Elle avait été déchirée plus tôt quand elles étaient chez la guérisseuse. Elle voulait être là pour Gabrielle, mais en même temps ne savait pas si elle pourrait regarder les blessures sans pleurer ou hurler de rage. Tant ses sentiments pour cette femme aux cheveux de miel étaient forts. Xena savait que dans le recoin de son cœur se trouvait un monstre qui cognait à la porte, enrageant d'être libéré. Elle savait aussi qu'un chagrin plus grand qu'aucun de ceux qu'elle avait connus attendait d'être relâché de la pièce où il était enfermé. Jamais de toute sa vie la puissante guerrière n'avait été si effrayée de ses sentiments.

 

"Euh, je ne sais pas quoi faire. Je veux que tu m'aides, que tu t'occupes de moi, mais j'ai aussi peur, tu peux comprendre ça aussi ?" Le ton doux mais plaintif frappa le cœur de la guerrière, menaçant d'ouvrir toutes les portes.

"Je comprends, Gabrielle. Je vais te parler, te dire tout ce qu'il faut faire. Tu décideras quoi faire, d'accord ?" Xena s'assura que sa voix était douce et gentille.

"Je peux arrêter n'importe quand ?" Elle savait qu'elle n'avait pas à demander, mais la crainte l'y obligeait.

"N'importe quand, Gabrielle." Il y avait un sérieux mortel dans la voix de la guerrière. "Je ne te ferai pas mal."

 

Gabrielle tourna le dos à Xena et ôta sa chemise. Elle déroula lentement les bandages. Xena tenait un bol rempli d'eau chaude et un tissu propre. Gabrielle se pencha vers la tête du lit et s'y adossa. Ses yeux s'attachèrent à ceux de Xena, elle abaissa ses bras tremblants.

 

Xena garda les yeux sur le visage de la barde, les yeux pers lui faisaient penser à une biche effrayée. Sa lèvre inférieure tremblait légèrement, sa mâchoire était serrée. Lentement, Gabrielle baissa les yeux, les ferma, incapable de regarder la réaction que Xena allait avoir en voyant les marques. Xena abaissa ses yeux lentement, avec précaution, effrayée de ce qu'elle allait voir. Elle fut incapable d'étouffer un petit cri dans sa gorge quand elle vit les marques. La larme que la guerrière croyait pouvoir refouler glissa sur sa joue. Gabrielle ouvrit les yeux lentement, remarquant en premier la larme puis l'expression d'empathie sur le visage de Xena.

 

"Ca n'a pas l'air bien, n'est-ce pas ?" dit-elle doucement, éprouvant le besoin de rompre le pesant silence.

 

"Hum…" La voix normalement profonde de Xena semblait un ton plus haut. "Il faut que tu enlèves la vieille pommade." Elle s'efforça de mettre autre chose que de la tristesse dans sa voix et tendit le tissu mouillé à Gabrielle.

 

"Ouais." Elle prit le tissu. Gabrielle nettoya sans regarder, ne sachant que trop bien les effets que les marques avaient sur ses canaux lacrymaux. Xena regarda le visage de la barde, ne voulant pas voir les souvenirs cramoisis plus qu'elle ne devait. Gabrielle lui tendit le tissu, indiquant par là qu'elle en avait fini. Elle s'essuya les yeux et tendit la main pour la pommade. Xena lui donna le petit pot de médecine et regarda la barde appliquer la pâte noire et gluante sur les endroits où elle sentait les marques. Satisfaite de les avoir recouvertes, elle rendit le pot à Xena et s'essuya les doigts sur le tissu mouillé. "Je ne peux pas mettre le bandage moi-même, Xena."

 

"Okay, hum… Viens vers là et assieds-toi, je vais le faire." Elle prit les deux carrés de tissu et une longue bande et se déplaça derrière Gabrielle. "Il va falloir que tu lèves les bras." Gabrielle commença à lever les coudes, puis les rabaissa.

"Je ne peux pas te voir." Sa voix tremblait. "J'ai besoin de te voir."

 

Xena fit le tour rapidement, mais avec douceur, ne voulant pas alarmer la conteuse. Elle s'assit face à elle, s'assurant qu'il y avait suffisamment de distance entre elles pour que Gabrielle ne se sentît pas menacée. Elle attendit que la barde levât les bras.

"Sois douce." murmura-t-elle d'une voix presque inaudible. Elle leva les bras. Xena se pencha doucement, ses bras enveloppèrent le dos de Gabrielle et elle commença à le bander. En portant sa main sur le côté, elle murmura d'une voix sérieuse.

"Tu sais que je le serai. Je ne te ferai pas de mal, Gabrielle. Je t'aime trop." Elle plaça rapidement les carrés de tissu sur les blessures et continua le bandage.

"Tu sais, cela me tue." dit Gabrielle si solennellement que Xena leva soudainement la tête pour la regarder. La barde soutint son regard. "Je ne peux pas écrire, je ne peux pas imaginer d'histoires, je ne peux penser à rien d'autre qu'à ce qu'il s'est passé." Xena termina le bandage et lui tendit sa chemise.

"Tu veux en parler, Gabrielle ?"

"Non, pas encore." Son regard devint pensif. "Xena ? Tu veux bien dormir avec moi cette nuit ? Me tenir ?"

"Tout ce que tu veux, Gabrielle. Je serai là pour toi."

"Je veux que tu me tiennes cette nuit."

 

Cette nuit se transforma en deux quarts de lune de nuits. Gabrielle nettoyait les marques qui disparaissaient et Xena les enveloppait. Puis, elles dormaient ensemble, Xena contre le mur et la barde serrée contre elle. A force de se tourner et de se retourner, Xena se réveillait généralement sur le dos, la moitié du corps de Gabrielle au-dessus d'elle, l'empêchant de bouger. Chaque matin la trouvait moins disposée à sortir du lit et préférant profiter de cette proximité et de cette intimité.

 

Elles continuaient à ne parler que peu du viol, créant un silence difficile autour d'elles la plupart du temps. A l'occasion, Gabrielle exprimait une émotion avec des mots, mais elle n'avait fondu en larmes que deux fois, permettant à Xena de la réconforter. Gabrielle ne voulait pas que Xena la laisse, même pour soigner Argo. La barde restait là, dans l'étable, regardant le foin ou parlant de subtilités avec les Amazones qui prenaient soin de leurs montures. Xena n'avait pas encore été capable de laisser libre cours à ses propres sentiments ; ils étaient toujours trop forts pour qu'elle les exprimât verbalement. Elle attendait de voir les résultats du test avant de prendre le temps d'aller dans la forêt et de se débarrasser de sa furie en privé.

 

Plusieurs fois Xena avait tenté d'inciter Gabrielle à mettre par écrit ses sentiments, ses pensées, n'importe quoi. A chaque fois, la barde refusait, arguant la fatigue ou disant simplement non. Les sentiments de Gabrielle la submergeaient. Et si elle était enceinte ? Que ferait-elle ? Elle savait que les Amazones accueilleraient volontiers l'enfant, mais pourrait-elle le laisser ? Si elle était enceinte, est-ce que Xena resterait ? Xena était une guerrière, un esprit sans repos. Elle ne pourrait pas supporter de rester à un endroit plus de quelques jours. Comment pouvait-elle espérer que la guerrière s'installât dans un village, même si c'était Amazonia ? Gabrielle craignait tristement qu'une grossesse lui coûterait Xena. La nuit précédant les résultats du test, Xena la tint dans ses bras pendant qu'elle pleurait sans expliquer ses larmes. Gabrielle ne pouvait pas lui dire qu'elle pleurait parce qu'elle avait peur que Xena ne la quittât.

 

Sara était contente des progrès. Les blessures avaient maintenant un rose pâle. Elle dit à Gabrielle de commencer à utiliser la sève des feuilles d'aloès. Elle n'avait plus besoin de porter de bandages, mais elle continuait à préférer la longue tunique blanche des Amazones à son bustier habituel. Un autre côté positif était que son appétit était revenu, et à une rares occasion, même son sens de l'humour.

"Xena ?" Elle poussa du coude la forme endormie derrière elle.

"Mmm ?" Le visage de Xena était enfoui dans les tresses couleur miel et elle n'avait aucune envie d'en bouger. Elle s'était rapidement installée pour se pelotonner contre la barde pour la nuit.

"Pourquoi est-ce que tu m'as suivie ?" Les yeux de Xena s'écarquillèrent à la question. Gabrielle voulait parler ! Elle était bien éveillée et alerte maintenant.

"Il le fallait. Je ne pouvais pas te laisser partir sans t'avoir parlé."

"Que voulais-tu dire ?" Gabrielle laissa la question lourde de conséquence flotter, donnant à Xena une chance de choisir sa réponse. "Après avoir lu la note, Xena, que voulais-tu me dire ?" Elle roula sur le côté pour que ses yeux pers rencontrent les yeux bleus. Leurs visages n'étaient qu'à quelques pouces l'un de l'autre. Elle murmura. "Dis-le."

"Je t'aime. Je ne veux pas que tu quittes ma vie. Je suis partie à ta recherche parce que je ne peux pas vivre sans toi."

"Et maintenant ," La question prit Xena au dépourvu. Le regard intense de Gabrielle, visible dans la pleine lune, racontait l'importance de la réponse.

"Je ressens la même chose, et certainement plus encore." Sans être sûre si elle devait le dire, elle continua. "Je t'aime, Gabrielle. Cela fait longtemps déjà. Je suis désolée de n'avoir jamais eu le courage de te le dire avant que tu ne partes." Elle fut réduite au silence par le doigt de Gabrielle contre ses lèvres, une sensation délicieuse d'ailleurs.

"Je veux savoir quelque chose. Tu veux me laisser faire ?" La voix de Gabrielle avait un timbre presque hypnotique, enveloppant Xena. Le visage de la barde montrait sa nervosité. Xena hocha doucement la tête, ne se fiant pas à sa voix.

 

Xena attendit quand Gabrielle traça doucement les lèvres de la guerrière de ses doigts délicats. "Je ne savais pas que tes lèvres étaient si douces." murmura la barde. Xena resta tranquille, sachant bien que Gabrielle avait besoin de contrôler tout ce qui allait se passer. Elle sentit la barde se rapprocher, leurs lèvres n'étaient séparées que par l'épaisseur des doigts. "Je ne peux rien promettre…" Les mots de Gabrielle furent coupés quand elle pressa ses lèvres contre celles de Xena. Le baiser était doux, hésitant. elle se recula un peu, regardant dans ces yeux bleus familiers. Gabrielle se rapprocha et goûta à nouveau ses lèvres. Le deuxième baiser était moins hésitant, plus curieux. Le désir bardique de Gabrielle pour de nouvelles sensations et émotions l'incita à sortir la langue et à effleurer la lèvre inférieure de Xena. Celle-ci fut incapable de retenir le petit gémissement qui naquit dans sa gorge. Les baisers de Gabrielle étaient aussi doux que du coton, plus tendres que ce qu'elle avait pu imaginer. Sa lèvre picotait là où la langue de la barde l'avait caressée. Gabrielle se recula, gardant une distance amicale entre elles. Ses yeux pers étaient noirs d'émotions. "Je ne sais pas ce que je peux te donner, Xena, je ne peux pas te demander d'être patiente pour toujours, mais…" Sa bouche revint vers celle de Xena. Leurs souffles se mêlaient devant elles. Les yeux de Xena étaient fixés sur les lèvres de la barde et là où cela les menait. "J'aime bien… cela." Elle embrassa la guerrière avec un peu plus de passion et de curiosité. La langue de Gabrielle sépara doucement les lèvres et s'y glissa. Elle goûta le porto dans la bouche de Xena et son corps se raidit instantanément. Xena sentit la réaction, regardant Gabrielle avec inquiétude alors qu'elle reculait son corps et se redressait légèrement. "J'ai besoin de temps."

 

"Prends tout le temps que tu veux, Gabrielle. Je ne vais nulle part." Il y eut un long silence avant que Gabrielle ne reprît la parole.

"Je suis désolée, j'ai eu peur." dit-elle doucement.

"Parle-moi, Gabrielle… Dis-moi ce qu'il s'est passé." La supplique de Xena implorait la jeune femme de prendre sa chance et de révéler la vérité.

"Le porto."

"Oh." Xena comprit. Gabrielle roula sur le côté et pressa son corps contre celui de Xena, tendant la main derrière elle pour ramener le bras musclé de la guerrière contre son ventre. Un ventre qui pourrait bientôt devenir bientôt plus gros, pensa-t-elle tristement. En glissa dans le sommeil, Xena se fit mentalement la note de ne plus jamais boire de porto.

 

Xena faisait les cent pas comme un futur parent pendant qu'elles attendaient que Sara leur donnât les résultats. Par deux fois, elle avait guetté par-dessus l'épaule de la guérisseuse en essayant de trouver par elle-même. A chaque fois, des commentaires vifs et des menaces à peine voilées avaient été échangés de part et d'autre. Ce n'était que par le pouvoir du titre de Gabrielle que Sara n'avait pas jeté la guerrière agitée hors de la hutte. La barde croyait même voir bientôt sortir de la fumée par les oreilles de Xena au moment où Sara leur fit signe de s'asseoir.

"Alors ?" Xena ne se souciait pas de cacher l'agitation de sa voix. Sara regarda Gabrielle et lui sourit doucement.

"Pas enceinte." Le soulagement était évident sur les trois visages. Cette partie du cauchemar était finie. Xena et Gabrielle échangèrent des regards, chacune sachant bien que la partie la plus difficile allait devoir se jouer. Elles remercièrent Sara et retournèrent au palais, le silence s'appesantit sur elles. Jusqu'à présent, elles avaient toutes deux retenu leurs pensées et leurs sentiments, attendant les nouvelles. Maintenant, il n'y avait plus rien qui les cachait, elles devaient faire face aux horribles vérités et à leurs peurs, toutes deux.

 

"J'ai remarqué que tu n'avais pas pris de porto au dîner. Pourquoi ?" La question de Gabrielle réveilla la guerrière assoupie. Gabrielle roula sur le côté pour lui faire face. "Pourquoi n'en as-tu pas pris, Xena ? Tu avais peur que cela me dérange ?" Les yeux pers plongèrent dans les yeux bleus, priant pour la vérité derrière le geste. La mâchoire de Xena se serra légèrement quand elle choisit ses mots.

"Je ne veux pas que ce que je fais te fasse de la peine, Gabrielle. Tu es déjà passée à travers suffisamment de choses. Ses paupières se serrèrent, son corps essayant de retenir une douloureuse crainte. La petite main de Gabrielle vint caresser les traits ciselés de la joue de Xena.

"Quoi ? Il y a quelque chose que tu ne me dis pas." Sa main resta tranquille, à l'exception du pouce qui caressait la peau bronzée. Xena ouvrit les yeux, plongeant dans ceux de la conteuse et essayant d'en retirer du courage.

 

"Je ne sais pas quoi faire, Gabrielle. Je ne suis pas sûre qu'un mot ou une caresse n'aille pas susciter une réaction en toi." Un long silence tomba entre elles, Gabrielle savait que c'était maintenant à elle de s'ouvrir. Jamais les mots n'étaient venus si difficilement à la barde.

 

"Je ne suis pas sûre non plus. Des fois, j'ai peur qu'un feu de camp, le sol dur ou un tas de choses qui font notre vie, ne soit jamais plus la même chose." Gabrielle ferma les yeux. "Je me souviens de tout, Xena. Chaque son, chaque odeur, chaque…" elle s'assit et replia ses jambes sous elle. Xena fit doucement la même chose. Le pâle éclat de la lune donnait une lueur sombre à la pièce. Les doigts de Gabrielle remuaient sur ses genoux, ses yeux les regardaient. "Il y en avait trois, tu sais."

"Je sais." Un autre long silence s'ensuivit.

"Tu en as tué combien ?"

"Deux."

"Lesquels ?"

"Le grand mince et le gros."

 

Gabrielle ferma les yeux et se remémora leurs visages au-dessus d'elle, leurs sarcasmes, leurs coups. "Merci." Elle tendit la main et prit celle de Xena dans la sienne, son regard se fixa sur elles. "Je t'aime, Xena. Je me suis enfuie de toi et tu es venue me chercher, puis tu es restée avec moi. Tu as été très patiente avec moi et je l'apprécie."

"Si j'ai été patiente, c'est simplement parce que je l'ai appris de toi. Gabrielle, je t'aime. Cela ne changera pas, peu importe ce que tu me diras, tu comprends ? Peu importe ce qu'il s'est passé, mes sentiments pour toi seront toujours les mêmes."

"Xena ?" Gabrielle fit une pause. "Et si je ne pouvais plus jamais faire l'amour ? Les dieux savent que je te veux, mais…" Elle laissa sa phrase en suspens, il n'était pas besoin de la finir.

"Gabrielle, je pense qu'il est un peu tôt pour y penser."

"Ouais, je suppose." Elle jeta un regard pensif à Xena. "Mais j'y pense. Je pense à toi. Je pense à ce que cela serait de te caresser, de t'embrasser, de te faire l'amour. Je pensais que ces sentiments auraient disparus pour un moment, mais ils n'ont pas disparu. Je ne sais pas quoi faire." Son pouce bougea plus fermement contre la joue de la guerrière, les mouvements trahissant un désir sous-jacent chez la conteuse. Xena s'appuya contre la main chaude et lui donna un baiser tendre.

 

"Tu fais ce pour quoi tu es prête. Tu peux arrêter à chaque fois que tu en as besoin. Je ne te pousserai pas, Gabrielle. Je ne te demanderai rien de plus que ce que tu veux donner."

Elle appuya Xena contre le lit et s'étendit contre elle, leurs visages à quelques pouces de distance. "Dis-le moi." Son souffle chaud caressait les lèvres de Xena.

"Je t'aime, Gabrielle." Elle fut récompensée par un baiser léger comme une plume.

"Mmm, dis-le moi encore."

"Je t'aime." Gabrielle l'embrassa à nouveau pour les paroles, puis une fois de plus pour le plaisir de sentir ses lèvres contre les siennes.

"Bon." murmura Gabrielle en regardant les yeux bleus à travers les paupières mi-closes. "J'aime la façon dont tu embrasses, Xena. Très doux."

Xena était à peine capable de penser, moins encore de parler. Les baisers de la barde avaient un effet étourdissant sur ses sens, la laissant hébétée et le souffle coupé. Xena sut à ce moment-là qu'elle serait à jamais désarmée face aux caresses de la conteuse. La main de Gabrielle descendit et traça la solide mâchoire dont elle avait si souvent rêvé. Ses lèvres suivirent en hésitant sa main, déposant de tendres baisers de l'oreille au menton puis revinrent. "Xena." Son souffle chaud et sa voix hypnotique envoyèrent un frisson à travers la guerrière désarmée. Gabrielle sourit doucement à cet exploit. "Je t'aime aussi." Elle donna un petit coup de langue le long du lobe de l'oreille avant de l'embrasser tendrement.

Gabrielle prit son temps, déposant des baisers sur toute la peau nue de Xena. Elle explora la gorge de la guerrière, provoquant de doux gémissements chez les deux femmes. Sa langue goûta sur son chemin la peau douce, en traçant chaque ligne, en sentant chaque muscle fuselé, mémorisant le corps de Xena. La barde se perdit dans les sensations, se délectant des réactions qu'elle créait dans la beauté aux cheveux de jais. Ce ne fut qu'une fois satisfaite d'avoir embrassé chaque pouce du visage, du cou et des épaules de Xena, qu'elle revint aux lèvres de la guerrière. Une autre série de baisers étourdissants suivit avant que la conteuse ne se recouchât enfin et regardât le plafond. "J'avais toujours voulu t'embrasser comme cela."

"Je suis contente que tu l'aies fait." La réponse essoufflée de Xena provoqua une autre grimace de satisfaction de la barde.

"Ca va ?" demanda Gabrielle sérieusement en tournant la tête vers Xena.

"Ouais." dit-elle doucement. "Je vais bien, Gabrielle. Et toi ?"

"C'était… bon. C'était tout ce que j'avais jamais espéré que ça soit et plus encore." Elle se pencha et donna un autre baiser à Xena. "Prends-moi dans tes bras." Elle se pelotonna dans les bras puissants de la guerrière et rapidement, elle s'endormit d'un sommeil profond. Xena resta éveillé un peu plus longtemps, profitant de l'intimité et de l'amour qui émanaient de la barde dans ses bras.

 

En deux quarts de lune, les marques de morsures étaient à peine visibles. Gabrielle continuait à les couvrir du liquide de la plante d'aloès, remarquant qu'elles semblaient ne pas laisser de cicatrices. Elle continuait à tourner le dos à Xena pendant qu'elle le faisait, bien que, de plus en plus, elle aurait voulu que ce fût la guerrière qui appliquât l'aloès.

 

Les nuits étaient toujours remplies de douces causeries et de baisers. Elles avaient enlevé le lit supplémentaire de la chambre depuis qu'elles dormaient maintenant ensemble, si blotties l'une contre l'autre que l'air ne passait pas entre leurs corps. Xena se satisfaisait de la multitude de baisers que la barde lui donnait. Elle laissait toujours Gabrielle mener la danse, combattant ses propres désirs de rendre la barde aussi essoufflée qu'elle.

 

Cela avait été un jour extrêmement chaud et les deux femmes étaient recouverte de poussière et de transpiration. Elles avaient passé la journée sur les terrains d'entraînement à travailler avec les autres Amazones. A la minute où elles entrèrent au palais, Gabrielle commanda à manger, ainsi qu'un bain chaud. Les deux femmes se reposèrent sur le lit jusqu'à ce qu'on frappât à la porte, ce qui indiquait que l'une des deux commandes était prête.

"Je ne sais pas ce que je préfère, à manger ou un bain." dit Gabrielle en sentant son odeur. "Oh, je pense que je veux d'abord le bain." Xena gloussa à la grimace de la barde en allant répondre à la porte.

"Tu dois vraiment puer pour préférer un bain à de la nourriture." la taquina la guerrière. Elle ouvrit la porte pour voir plusieurs servantes avec les baquets d'eau. En les laissant entrer, elle réalisa que la nourriture était aussi là. Les Amazones emplirent le bain rapidement et les laissèrent. Gabrielle sauta sur ses pieds et alla vérifier la température de l'eau, après avoir vu la vapeur envahir la pièce.

"Ahou, dieux !" s'exclama-t-elle en ôtant sa main. "Hadès ! c'est chaud ! Qu'est-ce qu'elles essayent de faire ? De me faire bouillir pour enlever la saleté de ma peau ?" Les exclamations de Gabrielle firent glousser la guerrière.

"Viens par ici et mange, Gabrielle. L'eau va suffisamment refroidir le temps qu'on ait fini" dit Xena en prenant pitié de la barde déçue. Gabrielle maugréa et s'affala sur sa chaise.

 

"Je voulais d'abord prendre un bain et... Qu'est-ce c'est ? Mmm, de la venaison fraîche... et du pain aux noix ?" Toutes pensées concernant le bain furent oubliées quand la reine éternellement affamée se dirigea vers les assiettes de nourriture. Xena la connaissait assez bien pour remplir son assiette de ce qu'elle voulait, avant que la barde ne mangeât tout ce qu'il y avait en vue. La conversation était en fait plaisante et égayée. Gabrielle discutait de la journée au terrain d'entraînement. Elle parla à Xena de celles avec qui elle s'était entraînée, des dernières rumeurs qu'elle avait entendues, toutes les petites conversations dont elle adorait parler et qui avaient manqué à Xena. Elle se recula sur son siège d'un air content et écouta Gabrielle se perdre dans les souvenirs d'un jour heureux. Ce ne fut que lorsqu'elle entendit l'histoire des deux Amazones sur un cheval pour la troisième fois qu'elle finit par l'interrompre.

 

"Gabrielle, je crois que le bain est prêt."

"Quoi ? Oh, je suppose que je radotais, hein ?" Xena ne répondit pas, elle se contenta de lui faire une grimace de travers. Gabrielle lui rendit son sourire et alla goûter l'eau. "Parfait." Elle commença à enlever ses vêtements trempés de sueur. Xena la regarda délacer ses bottes et se demanda si elle devait sortir ou non.

"Gabrielle ?" La barde ôta sa botte, puis leva la tête pour voir l'expression d'interrogation sur le visage de la guerrière. "Est-ce que tu veux que je parte ?" Xena n'était pas sûre de savoir quoi faire. Avant le viol, elles ne s'étaient jamais ennuyées avec l'intimité entre elles, elles discutaient toujours pendant qu'elles se baignaient. Depuis, les soirs était silencieux et les bains étaient privés pour Gabrielle, bien qu'elle ne fît aucun effort pour quitter la pièce quand Xena prenait le sien. Ce soir avait été différent. Il y avait eu des discussions, des rires et même de gentilles taquineries. Ce soir avait l'atmosphère des soirs passés, quand les deux amies faisaient tout ensemble, enfin, presque tout.

Gabrielle réfléchit à la question un instant. Il avait été si automatique pour Xena de quitter la pièce quand elle prenait son bain qu'elles n'en avaient jamais parlé ou n'avaient jamais mis ça en question. Maintenant, Xena lui demandait de prendre la décision. Elle regarda pensivement la guerrière un moment avant de répondre. "Non. Reste avec moi." Xena se leva de sa chaise et alla près de la barde.

"Je t'aime, Gabrielle. Je ne te demande rien et je ne te pousse à rien."

"Je sais, Xena. Je veux que tu restes." Gabrielle fixa les yeux bleu électrique qu'elle aimait et se perdit dans ses visions d'une guerrière nue et mouillée pendant un moment. En rompant le contact de leurs yeux, et en s'éclaircissant la gorge, elle décida de prendre le risque. "Xena, tu penses que nous pouvons essayer de partager le bain ? Juste un bain ?" Gabrielle savait qu'elle n'avait pas besoin de répéter cette dernière partie. Xena n'avait jamais fait semblant de la pousser en quoi que ce fût, n'acceptant que ce qu'elle était prête à donner, mais une partie d'elle-même avait toujours besoin de cette affirmation.

 

"Seulement si tu le veux, Gabrielle." Les yeux de la barde retournèrent aux yeux bleus.

"Je pense que je le veux."

 

 

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Suite dans la partie 4/5

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